Catherine Armessen

Catherine Armessen

L 'Ariégeoise

La première guerre mondiale qui va bouleverser sa vie tranquille de fille de notaire.

Extrait

 

- Mathilde es-tu ENFIN prête ?

- J’arrive dans une minute papa !

 

Au ton de son père, Mathilde devinait qu’il en avait assez d’attendre et qu’elle avait intérêt à se dépêcher.

Une dernière fois, elle se regarda. La grande glace de son armoire lui renvoyait l’image d’une jolie fille souriant à la vie.

La longue jupe bleu pâle qui descendait jusqu’à ses chevilles mettait en valeur sa taille mince et allait parfaitement avec son corsage blanc… un corsage si difficile à repasser. Il fallait deux heures au bas mot pour éviter tout faux pli ; la fine dentelle qui bordait les poignets et le col était un vrai casse-tête. Il fallait un fer à la bonne température et seule une main exercée permettait de défroisser le précieux tissu. Rose s’y entendait à merveille et le résultat en valait la peine ; Mathilde était sûre qu’elle serait la jeune fille la mieux habillée du canton.

Elle recula un peu puis avança de nouveau en un mouvement gracieux. Sa jupe l’accompagnait merveilleusement en lui donnant une allure de reine.

La jeune fille revêtit la courte veste assortie à la jupe et soupira d’aise. La tenue complète était réellement ravissante. Quelle chance elle avait d’avoir une marraine parisienne passionné de mode. C’était elle qui lui avait offert cette jolie tenue et ces adorables chaussures à bout pointu.

- Mathilde, je te rappelle que nous devons partir !

Mathilde soupira, elle avait complètement oublié son père ! Elle attrapa le chapeau qui l’attendait sur son lit et le posa sur son chignon. Elle ne put faire autrement que de s’admirer une nouvelle fois. Orné d’un ruban assorti à sa tenue, il mettait en valeur ses yeux noirs. Elle se mordit les lèvres et se pinça les joues pour leur donner davantage de couleur puis elle se recula et fit un tour complet sur elle-même. La jupe entravée aux chevilles découvrit un court instant le bas du jupon de dentelle.

A dix-sept ans, Mathilde Subra était ravissante. Petite, elle ne mesurait guère plus d’un mètre cinquante-huit, elle avait hérité de sa mère la fine attache des poignets et des chevilles ainsi que sa minceur. Cette apparente fragilité contrastait avec l’extrême ardeur de ses yeux noirs. Ils donnaient à son regard une intensité particulière. Lorsque Mathilde était en colère, ils brillaient d’un feu terrible et quand elle regardait les hommes, aucun n’échappait à leur séduction. Son épaisse chevelure noire, aujourd’hui retenue en un sage chignon mettait en valeur l’ovale du visage et le teint mat de la jeune fille.

- Comptes-tu rester là encore longtemps ? A user la glace comme tu le fais, un jour elle te tombera dessus et ce sera bien fait !

Mathilde sursauta. Elle n’avait pas entendu Rose entrer.

Elle se retourna vivement pour faire face à sa nourrice :

- Un jour, tu me feras mourir, oui ! J’en ai assez que tu rentres dans ma chambre à pas de loup. Je ne t’avais pas entendue et tu m’as fait une peur bleue.

- Je ne t’avais pas entendue et tu m’as fait une peur bleue… gnangnangnan… Mademoiselle prend ses grands airs maintenant.

- Mademoiselle a dix-sept ans et aimerait bien que tu ne lui parles plus comme à un bébé !

Rose était la nourrice de Mathilde. Elle était entrée au service des Subra peu avant le dramatique accident qui avait coûté la vie à la mère de la petite. Sur la route qui allait de

Vernajoul à Foix, un rocher s’était détaché, écrasant la voiture à cheval. Paul Subra ne s’était pas remarié et Rose était restée. Elle avait épousé Marcel, qui s’occupait des terres que Paul possédait à Vernajoul, puis s’était retrouvée veuve à trente ans.

Aujourd’hui, Rose avait trente-six ans et déjà quelques cheveux blancs. Son amour pour les gâteaux à la crème lui avait fait prendre de nombreux kilos mais c’était encore une belle femme.

Si elle éprouvait pour Mathilde un amour sans limite, elle aimait la houspiller. La « gafet » avait du répondant et les disputes étaient quotidiennes.

- Qu’est-ce que c’est que cette tenue ? Tu ne comptes pas aller à Foix habillée comme ça ?

- Et pourquoi pas ? Elle n’a rien d’incorrect ma tenue !

- MADEMOISELLE Mathilde de dix-sept ans, je te rappelle que tu vas avec ton père accompagner le petit Georget à son examen du certificat d’études. Tu ne vas pas te promener sur les champs Elysées de Paris !

- Les Champs ELYSÉES, ignorante.

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Dernière modification : Novembre 2017

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