Catherine Armessen

Catherine Armessen

Le Clan des Secrets

Catherine ARMESSEN reprend les personnages de la fille du verrier et les met en scène dans les années 70. Elle aborde dans ce livre le thème de la crise familiale que génère l'adolescence des enfants.

Extrait de la page 111 à 112

 

... Ému, Le vieux Gustave Borel assistait à la cérémonie de remise des médailles d'honneur du travail. Cette année, on fêtait par la même occasion au restaurant de l'usine B les cinquante ans de l'implantation du Pyrex à Bagneaux.

    Que de chemin parcouru depuis les premiers essais de Clovis Régent en 1922, lorsque sous le regard réprobateur des ouvriers de la halle, il façonnait les premiers ballons en Pyrex. Aujourd'hui, l'étoile de Sovirel brillait au salon des arts ménagers. Les trois marques associées ‑ Pyrex, Pyroflam et Tamara ‑ mettaient à l'honneur l'usine de Bagneaux. Sur les rayonnages du stand, assiettes ornées de fleurs, plats et bols triomphaient autant par leur aspect que dans le domaine de la sécurité. Testés, ils avaient été décrétés sans danger pour les consommateurs car il n'y avait pas de plomb dans les décorations. Ce n'était pas étonnant puisque Sovirel avait choisi d’appliquer à ses fabrications les normes de sécurité les plus strictes du monde: celles des pays scandinaves.

    Les Chatelier avaient décidé de prolonger la fête des cinquante ans du Pyrex en famille. Pour l'occasion, Gabrielle t' a mère avaient mis au four d'énormes poulets, mijoté une poêlée de légumes du potager et monté avec ardeur des oeufs à la neige. Gustave avait hâte de se mettre à table.

    Patriarche du clan, Gustave Borel était heureux. Il vieillissait sereinement aux côtés de sa femme. Les gens avaient raison, Lucie devait être un peu sorcière puisqu'il était encore amoureux d'elle après tant d'années de mariage. Elle avait dû lui faire boire un philtre plus puissant que ses tisanes de guérisseuse. Il la trouvait belle et dans le secret de leur chambre, au creux de leur lit, il la prenait dans ses bras et dérivait vers le sommeil en la serrant contre lui.

En cette mémorable journée, Gustave dressait un bilan de toutes ces années passées au service de sa famille. Gabrielle, leur fille unique, était heureuse avec Henri. Ses petits‑enfants étaient une source permanente de satisfaction. Greg et Lili s'entendaient bien. Gentille et pas sotte, Jeannette exerçait l'un des plus beaux métiers du monde, celui d'enseignante. Le sourire aux lèvres, Gustave évoqua les terribles jumeaux. Charles et Michel étaient en passe de devenir ingénieurs. Les démons, qui dans leur petite enfance faisaient enrager leur voisine Alphonsine en multipliant les coups pendables, commençaient à s'assagir. « Enfin, pas tout à fait », songea Gustave. La rumeur leur prêtait d'innombrables conquêtes, fascinées parla ressemblance qu'ils cultivaient avec soin. Ils s'habillaient souvent de la même façon et s'étaient cotisés pour s'acheter une Coccinelle, histoire de draguer au volant de la voiture la plus en vogue chez les jeunes. Valentine et François formaient un couple tumultueux mais heureux ...